Pourquoi avons-nous tant de mal à parler de la mort ?

La seule certitude de notre existence

À partir du jour de notre conception, la seule certitude de la vie est que nous allons mourir.

Certains d’entre nous auront une courte existence : les enfants décédés in utero, à la naissance, durant l’enfance ou l’adolescence. D’autres seront arrachés à la vie en plein vol, et d’autres encore vivront centenaires ou atteindront un âge avancé.

La vie est faite de choix, de changements, d’apprentissage, de rencontres, de moments heureux ou douloureux. Chacun mène son chemin, avec son lot d’imprévus, de joies et de difficultés, mais quelle qu’ait été cette vie, elle a une même issue : la mort.

Si nous le savons, pourquoi est-il si difficile d'en parler ?

La mort est une grande inconnue entourée de mystères. Nous savons que nous allons mourir mais nous ne savons ni quand, ni comment, ni dans quelles circonstances, ni ce qu’il se passe après. La vie nous permet de faire l’expérience de nombreuses choses, mais pas de notre propre mort à l’avance. Nous pouvons être confrontés à la mort des autres, mais cette confrontation ne nous permet pas de connaître notre propre expérience de la mort.

Cette grande inconnue peut faire naître des peurs et des questionnements existentiels.

Face à ce que nous ne connaissons pas, les sociétés ont toujours créé des légendes, croyances, mythes et représentations pour donner du sens à la mort. Ces représentations peuvent influencer notre propre manière de la percevoir et parfois nourrir certaines peurs.

Penser à la mort et plus particulièrement à sa propre mort pousse à une réflexion introspective. Elle nous invite à questionner nos peurs et nos croyances. La mort devient une expérience familiale lors du décès d’un proche et prend une dimension sociale et collective lors des obsèques.

Alors, qu'est-ce qui rend la mort si difficile à évoquer, à penser, voire simplement à nommer ?

Comment avons-nous progressivement éloigné la mort de notre expérience quotidienne ?

Il n’y a pas si longtemps, la mort était vécue au domicile. Tout comme la naissance, elle était un événement communautaire, familial et social. Famille, amis et voisins se réunissaient pour apporter leur soutien aux proches du défunt et le veiller durant les jours précédant ses obsèques. De la nourriture était apportée à la famille afin qu’elle puisse traverser ces premiers jours de deuil.

Il était également ancré dans les habitudes de voir le défunt, de le toucher, de l’embrasser ou de participer à sa toilette mortuaire. Aujourd’hui, à force d’éloigner la mort, nous pouvons avoir peur de l’image que renvoie un défunt. Il était également plus courant qu’un enfant soit présent auprès de son proche décédé, qu’il le veille et continue à parler ou à jouer autour de lui.

Nous avons progressivement perdu certains savoir-faire autour de l’accompagnement de ces étapes naturelles de la vie.

Aujourd’hui, la mort est davantage médicalisée, légalisée et cachée. Elle survient souvent dans des lieux institutionnels et médicaux plutôt qu’au domicile, et une partie des gestes qui entouraient autrefois la mort sont désormais pris en charge par des professionnels.

Cette évolution accompagne les transformations profondes de notre société : évolution des structures familiales, travail des femmes, éloignement géographique des familles, évolution de la médecine, des conditions de logement et des rythmes de vie, mais aussi développement des structures permettant de prendre en charge les personnes âgées, dépendantes ou en fin de vie.

Notre rapport à la mort a changé parce qu’au fil du temps et des évolutions, nous y avons été moins confrontés. Nous avons moins de repères, moins de gestes transmis, moins d’occasions d’observer comment les autres font, moins de familiarité avec le corps mort et les rituels.

On observe toutefois depuis quelques années le souhait d’un accompagnement plus proche, plus personnalisé et parfois à domicile. Peut-être est-ce aussi le signe d'un besoin de retrouver des repères et de pouvoir parler à nouveau de la mort.

Si nous avons progressivement éloigné la mort de notre quotidien, que se passe-t-il lorsque nous y sommes soudainement confrontés ?

Ce qui nous fait peur lorsque nous pensons à la mort

La réflexion autour de la mort soulève plusieurs peurs, qui suscitent des questions profondes.

Nous pouvons retrouver, comme évoqué précédemment, la peur de l’inconnu : comment vais-je mourir ? Dans quelles circonstances ? Vais-je souffrir ? Vais-je être conscient ? Que va-t-il se passer après ?

La peur de la perte, souvent associée à la fin de vie : perte d’autonomie, perte des capacités physiques, transformation du corps, dépendance aux autres, perte d’intimité, peur de perdre sa dignité ou de ne plus se reconnaître soi-même.

La peur de laisser, très liée à nos liens affectifs : peur de laisser ses proches, de faire souffrir ceux qu’on aime, peur qu’ils ne s’en remettent pas.

Et enfin, la peur du corps mort, en lien avec l’éloignement de la mort de notre quotidien : peur de voir le défunt ou d’être marqué par son apparence, peur de la froideur du corps, peur d’être confronté à un corps qui n’est plus celui que l’on connaissait.

Quand notre peur nous empêche d'en parler

Le silence : protecteur ou dévastateur ?

Parfois, nous évitons de parler de la mort à une personne en fin de vie parce que nous pensons la protéger. Mais que se passe-t-il lorsque cette personne aurait justement besoin de pouvoir en parler ?

Et inversement, que se passe-t-il lorsque l’on voudrait parler de notre mort à nos proches qui ne sont pas en mesure d’entendre ce que nous avons à dire ?

Nous pouvons tellement éviter de parler de la mort que nous n'osons parfois même pas demander à nos proches ce qu’ils souhaitent, ce qui est important pour eux, ni exprimer à nos proches ce que nous souhaiterions, leur laissant potentiellement des décisions difficiles à prendre au moment où nous ne serons plus en mesure de le faire.

Au-delà des décisions à prendre, le silence peut aussi nous priver de moments de transmission : une histoire de vie, des souvenirs, des objets symboliques, des confidences ou simplement des derniers moments partagés.

Et si nous commencions par interroger notre propre rapport à la mort ?

Si nous avons autant de difficultés à parler de la mort, peut-être est-ce aussi parce que nous avons rarement eu l'occasion de réfléchir à ce qu'elle représente pour nous.

Et si vous preniez quelques minutes pour poursuivre cette réflexion ?

Qu'est-ce que la mort représente pour vous ? Qu'est-ce qui vous fait le plus peur lorsque vous y pensez ? En avez-vous déjà parlé avec vos proches ?

Parler de la mort ne signifie pas vouloir mourir, ni attirer la mort. C'est peut-être simplement accepter de reconnaître qu'elle fait partie de la vie.

Vous êtes un professionnel ou futur professionnel de l’accompagnement et souhaitez aller plus loin ?

Cette réflexion autour de notre rapport à la mort ouvre le cycle de formation "Les Saisons de l’Accompagnement – Fin de vie, décès & deuil".

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